Jeddah no.2

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JEDDAH »
Le nom de Jeddah, dérivé de Jaddah qui signifie «Grand-mère» fait référence à Eve. La légende veut qu’elle y soit morte et que son tombeau y soit toujours. Une chose intéressante et surprenante est que dans l’Islam, Ève n’est pas la seule à être blâmée pour avoir goûté au fruit interdit qui a provoqué son expulsion et celui d’Adam du Jardin d’Éden… lui aussi. En 1975, le lieu où se trouvais son tombeau a malheureusement été recouvert de béton par la Muttawa pour des raisons religieuses.

Jeddah est aujourd’hui une métropole cosmopolite prospère de près de 3,5 millions d’habitants située du côté sud-est de la mer rouge. Elle est le port d’entrée de millions de pèlerins venant à la Mecque et est une plaque tournante de l’économie saoudienne. Les lois y sont strictes et les peines sévères en cas de non-respect. Le taux de criminalité y est d’ailleurs extrêmement bas. Deuxième ville d’importance du Royaume après la capitale Riyadh, Jeddah est un peu plus ouverte et permissive.

IN2_Une autre planère

Il ne pleut pratiquement jamais à Jeddah (4 à 6 jours par année tout au plus et parfois pas du tout). La température peut y monter jusqu’à 50°C l’été et ne descent que très rarement sous les 22°C l’hiver. C’est pourquoi la vie nocturne y est très active. Les commerces par exemple sont ouverts très tard tous les soirs (sauf vendredi). Parfois humide, parfois sec, l’air à son plus chaud y est quand même plus respirable qu’à Montréal lors de canicules.

La semaine de travail commence le samedi et se termine le mercredi ou le jeudi. Les vendredis sont jours de congés et de prières mais sont également dédiés à la famille et aux loisirs.

La religion y est omniprésente et Allah y est effectivement très grand! 99% de la population est de religion Islamique sunnite et pratiquante. Cinq fois par jour tout s’arrête pour les prières qui durent une vingtaine de minutes. Les portes des commerces et des restaurants se ferment, les réunions se terminent ou prennent une pause, les téléphones sont mis en mode vibration et les gens se réunissent pour prier dans les mosques, les rues et les halls d’entrée. En général, Il n’y a pas «d’obligation» de prier, surtout pas pour moi, chrétien expat, mais dans certains endroits plus conventionnels ce serait mal vu.

Comme dans plusieurs autres pays arabes, les mentalités divergent beaucoup entre les générations ou encore entre les niveaux de la société. Les plus jeunes et les plus éduqués qui sont souvent les plus riches se font davantage leurs propres interprétation du Coran tandis que leur pères, les moins éduqués et les plus pauvres pratiquent souvent un Islam beaucoup plus stricte. Les vrais radicaux sont à peu près absents des grandes villes.

En Arabie saoudite, il n’y a pas de cinéma, pas de spectacle ou de festival (sauf celui du shopping). Il n’y a pas non plus de bar ni d’alcool (sauf en contrebande). Pas beaucoup de gallerie d’art contemporain, sauf pour quelques riches qui peuvent se le permettre tout en évitant la Muttawa qui n’est pas très ouverte à ce type d’art. Athr Gallery en est une des rares que j’ai pu visiter. Aussi, de plus en plus d’expositions moins extravagantes et bien sponsorisées peuvent être vues dans les carrefours populaires.

Les sports et loisirs sont peu nombreux. Les plus populaires sont la plongée sous-marine, aller à la plage publique ou privée, magasiner, prendre du café ou du thé en fumant la chicha, jouer au soccer, faire un pic-nique familial, aller au parc d’attraction avec les enfants et faire du «dune bashing» en 4×4 entre amis. Le soir les familles se retrouvent à la Corniche sur le bord de la mer rouge tandis que d’autres envahissent les centres d’achats ou encore les terrasses pour écouter un match de soccer.

En Arabie, la vie privée est très privée. Comme les lois publiques sont très restrictives, ils protègent instinctivement ce qui se passe à l’intérieur de leur murs. Sauf pour les commerces et les gros blocs appartements, tous les bâtiments résidentiels sont entourés de murs de béton d’environ trois mètres entourant une cours intérieure parfois très luxueuse… Palmiers, piscines, grands divans, stationnement, animaux, salle de loisirs avec table de billiard etc. Il n’est pas impossible d’y voir s’y passer des fêtes privées à l’image des nôtres.

J’ai habité deux ans dans les compounds et trois ans dans des blocs appartement saoudiens. J’ai préféré de beaucoup en dehors du compound. Je me suis fait de bons amis saoudiens qui m’ont intégré à leur groupe et qui m’ont permis d’avoir une vie sociale plus normale en plus de me permettre de vivre des moments exclusifs à l’intérieur de leurs murs. :).

SIGNES DE RICHESSE
La richesse est plutôt répandue à Jeddah. Plusieurs familles des plus influentes et prospères ainsi que des membres de la famille Royale y habitent au moins une partie de l’année. Le roi Abdallah bin Abdelaziz al-Saud y vient aussi assez souvent d’ailleurs. Une gigantesque fontaine éclairée située dans les eaux de la Mer Rouge et donnant sur une des rues principales du centre ville fonctionne seulement lors de sa présence à Jeddah.
Les buildings qui se construisent en Arabie saoudite sont de plus en plus impressionnants. Comme dans d’autres pays arabes l’architecture est devenu le signe par excellence du pouvoir et chaque Prince veux sa tour. Les rumeurs veulent qu’un gratte ciel de 1000 mètres soit en préparatif à Jeddah… le Kingdom Tower de Jeddah. Il dépasserait ainsi le Burj Khalifa à Dubaï de 172 mètres et deviendrait la plus haute tour au monde. Sa construction serait terminée en 2017.

Les saoudiens aiment les hauteurs et adorent aussi les feux d’artifice. Il est fréquent de voir les familles riches se petter des feux d’artifice dignes de ceux de Loto-Québec ou de Walt Disney. Bien entendu ça les amuse mais il savent aussi que les habitants des environs en profitent et leur seront reconnaissant pour le spectacle.

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Il y a des centres d’achats partout à Jeddah dont plusieurs très luxueux. Offrant toutes les grandes marques de produits de luxe ou populaires imaginables, c’est un paradis pour celles qui aiment magasiner. Dans un esprit plus classique, les souks d’or et de bijoux présentent en vitrines des items dépassant les 100 000$ pour un collier avec pierres précieuses.
Les taubes plus design pour les homme (Lomar) et des Abaya plus colorées, avec des motifs pour les femmes sont souvent des signes d’un confort financier et d’un statu social élevé.

Il y a beaucoup de voitures luxueuses sur la route. Les Mercedez, Ferrari, Bugatti et Bentley des riches ne sont que très rarement arrêtés. Le riche est décidément plus fort que la police. Les familles en moyen ont souvent une équipe d’employés vivant sous le même toit (cuisinier, jardinier, nounous, gardien, chauffeur). Les femmes ont pratiquement toutes leur voiture (souvent la plus luxueuse de la famille) et leur conducteur / serviteur pour se déplacer ou faire des courses. Il devient souvent un confident fidèle et soumis à la famille qui l’engage.

SIGNES DE PAUVRETÉ
Il y a de grands écarts de richesses entre les saoudiens eux même et évidemment avec les mendiants étrangers. Ils y sont très présents, surtout des femmes et des enfants en bas âge. La plupart sont  Africaines (Somalie et Éthiopie) et sont entrées avec un visa de pèlerinage pour la Mecque pour ensuite égarer tous papiers relatif à leur origines. Quand elle sont interrogées par les autorités, elle disent ne plus se rappeler. De cette manière ils ne savent pas ou les retourner. Mieux vaut mendier à Jeddah et dormir sur du carton que de mourir en Éthiopie. :(

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Il y a aussi les bedouins, nomades des déserts avec leurs chameaux ou leur vieux Hilux. Ils ont fuit les villes en développement sans trop comprendre ce qui s’y passait et les regardent pousser avec méfiance. On pourrait les comparer aux Amérindiens dans le sens où les plus belles terres qui autrefois leurs étaient accessibles ont été privatisées et vendues. D’autres villages plus tribals et radicals se contentent du minimum et sont contre tout développement influencé par des valeurs occidentales.

Il y a des pauvres saoudiens des villes aussi, ce qu’i est relativement nouveau. Les systèmes d’aides sociales ne sont pas vraiment efficaces alors que certains Princes donnent directement des enveloppe d’argent à qui vient le demander poliment au palais. La seule condition est d’être saoudien et avoir une raison, même si elle ne tiend pas toujours la route.

SOUS SURVEILLANCE
La plupart des endroits publics et bureaux, sauf les centres d’achats et commerces, sont divisés en deux sections: Une section femmes / familles et une autre pour les hommes célibataires, avec souvent leur entrées distinctes. Certains magasins sont même strictement réservés aux familles. Errer dans la mauvaise section pourrait mener à de gros problèmes. Il y a beaucoup de gardiens de sécurité aux entrées et à l’intérieur de presque tous les endroits publiques mais les jeunes saoudiens et saoudiennes ont développé des stratégies de diversion en utilisant leurs téléphones intelligents pour communiquer entre eux. Il est interdit d’accompagner une fille qui n’a pas de lien de parenté avec nous, sauf si son mari, frère ou père est présent.

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Les lois sont strictes mais souvent contournables et contournées. Par exemple l’alcool est interdite mais disponible en contre-bande et le marché se porte très bien. Les Muttawas peuvent ordonner aux femmes de se couvrir les cheveux tandis que plusieurs d’entre elles les font fuir en les filmant avec leur iphones. Un Muttawa ne peut pas toucher une saoudienne, il ne peut que lui parler mais encore faut-il qu’elle écoute.

On doit souvent passer des «check points» sur les autoroutes. Difficile de savoir ce qu’ils cherchent, mais se faire prendre avec de l’alcool, même sans en avoir consommé ou en possession de films interdits (ex.: Le Choc des Titans) peut vous mériter la prison… peut-être même le fouet et la déportation. Il est aussi impossible de recevoir un simple constat d’infraction pour la vitesse sans faire en plus au moins 24 heures de prison… Ça m’est arrivé.

On se sent surveillé très souvent là bas. Que se soit par la police, la Muttawa ou l’armée aux entrées des ambassades et des compounds, mieux vaut se tenir tranquille en publique.

VOIR AUSSI

Jeddah no.1 » DESTINATION JEDDAH
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Jeddah no.4 » L’UNIVERS PUB
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